La ville de Bear Harbour

Idees d idees (en vrac et a travailler)

LA RUE DU BOUT

« A Funny Heights tout se termine toujours Rue du Bout »

C’était un de ses longs crépuscules roses qui annoncent le début de l’automne. Nous avions installé deux ou trois tables au fil de cette étrange avenue qui se jette dans le vide sans autre forme de procès, la rue du Bout, sur les sommets de Funny Heights.

Les Modrons et le gel de vin

Dans les étages les plus hauts de mon grand bar, vers les sommets enneigés de poussière de mes étagères à bouteilles, je garde une longue caisse d’acier. Dans son sein piqueté de rouille, sommeille une gelée ambrée, le gel de vin des Modrons, une pâte translucide dont j’aime découper de fines lamelles que je dilue dans l’eau, au fond d’une carafe. On en tire un alcool clairet, mais puissant, délicieusement rare, un des derniers vestiges d’une vague d’immigrants maintenant disparus.

Les etoiles

« Garnement à casquette, toi qui, alors qu’ils se retirent, galope derrière les queues sinueuses des grands dragons de la nuit, arrête un peu de leur arracher leurs étoiles. Ces échardes de lumière que, tout en ongle, tu dérobes à leurs traînes d’ombre, en connais-tu au moins les noms ? Si cela se trouve c’est Altaïr que tu viens d’enfouir dans ta profonde, c’est Rigel que tu joues comme un vulgaire boulard, Betelgeuse que tu mises au jeu du cercle glouton. Et le ciel, au rythme de tes larcins célestes et de tes jeux de billes, lentement, dépérit. A quoi pourront se raccrocher les navigateurs cette nuit sous la houle, quel astre bercera les soupirs amoureux, si à chaque aube blafarde, rapace en culotte courte, tu dépouilles les cieux. Alors prends ces bonbons et vide tes poches, s’il te plait, et puis prête-moi ta fronde que je raccroche sa ceinture à la taille d’Orion… »

 

Prêche de Telonnius Ginji, astronome et humaniste

Les catacombes musicales

"C'est en essayant de distraire les filles que nous découvrîmes cette échoppe et l’être mécanique qui la tenait. Mr Tic était lui-même une attraction. La couche épaisse de fard sur sa figure, la raideur de ses gestes et le peu d'expression de son visage se conjuguaient avec l'impression étrange que son costume queue de pie avait été cousu sur lui, et ne l'avait jamais quitté. Il nous reçu fort civilement, encaissa le prix de la visite, et nous tendit quelques lampes et des gobelets de soupe fumante, du velouté aux champignons... Je lisais dans les yeux de ma brune une curiosité vorace, l’envie de mettre à jour la horde d'engrenages cliquetants qui habitaient probablement le crâne de l’automate, comme une fourmilière, quand celui-ci écarta un épais rideau de velours, et nous dévoila son antre...