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Les reliefs détrempés de Goferfinker sont une terre d'errance, un dédale embrumé d'escaliers pentus sculptés à même les flancs rocheux des Ilots-Terre. Au détour d'une volée de marches, l'on peut croiser toutes sortes de traversants, des paysans étranges, presque fantomatiques dans le brouillard et remontant des profondeurs obscures des Combes, ou juste une autre volée de marches, et un pont à péage, toujours trop loin.

Faisons ensemble quelques rencontres...

 

1) La vie dans les combes peut être très dure, les hivers sont faméliques et sans pitié au point que la plupart des graveleux n'ont souvent pas assez de ressources pour nourrir les bouches inutiles. Une tradition cruelle est née de cet état des faits. Quand une personne âgée n'a plus beaucoup de dents saines, qu'elle devient un fardeau et qu'elle n'est plus nécessaire aux travaux du quotidien, il est courant que son fils aîné l'emmène se perdre dans les combes, dans une gorge obscure et encaissée, dévorée par les ombres et le froid. Là, il l'assied sur une natte et l'abandonne à la mort. Qui sait combien de vieillards avalés par la glace s'alignent en ce lieu oublié du soleil... Toujours est-il que quand vos joueurs croiseront ce graveleux trapu, une grand-mère sur les épaules, peut-être ne se douteront-ils pas de leur destination... à moins qu'ils ne voient pleurer le fils, ou que l'ancêtre ne soit pas trop d'accord avec la décision du village, et qu'il ou elle proteste de vive voix, ligoté, en travers des épaules de son fiston adoré.


2) C'est une série d'explosions sèches, qui retentissent dans les gorges, semblables à des coups de feu. Peut-être les joueurs penseront tout d'abord qu'on leur tire dessus, mais il n'en est rien. Ce sont juste quelques graveleux qui s'entraînent à faire exploser des vesses prismatiques, aussi grosses que des panses de truies. Tirs d'essais pour d'éventuels feux d'artifice mycologiques, les spores expulsés par les explosions s'élèvent en panaches colorés et multicolores, avant d'être emportés par le vent, pour venir peut-être barioler les vareuses et les joues de nos joyeux aventuriers…

3) Il y a des gens qui sont devenus fous à essayer de comprendre les systèmes de taxation des ponts Goferfinkiens... Parfois il faut croire que seule prime la loi de l'emmerdement maximum. Les prix varient d'heure en heure, selon l'affluence, et l'on ne compte plus les traversants qui, allant acheter du pain ou le journal sur l'îlot d'en face, se retrouvèrent incapables de payer le coût exorbitant d'un trajet dans l'autre sens. Parfois, on en croise un, dans les profondeurs des combes, hagard, encore en robe de chambre, essayant de rejoindre, par des pontons de fortune, la chambre dont il n'aurait jamais dû sortir. Parfois, le malchanceux se retrouve obligé de faire la manche quand il ne fait pas la vaisselle deux semaines dans une gargote, espérant retrouver ses affaires quand il aura enfin pu revenir à son auberge.

4) Alors que les joueurs cheminent au milieu des brumes, dans ce genre de purée de pois dont on ne sait jamais si elle annonce le beau temps ou un refroidissement violent des températures, l'un d'eux s'enfonce jusqu'à la cheville dans une énorme bouse. L'événement serait tout juste anecdotique si des ossements apparemment humains ne surnageaient pas eux aussi dans l'énorme déjection. Leur laissant juste le temps de s'interroger, voilà que le souffle roque d'une bête colossale commence à faire trembler jusqu'aux brumes... Elle est énorme, colline sombre de muscles et de crocs que l'on devine au travers des brouillards. Herbert le Doux Rimeur est encore perdu dans de poétiques élucubrations et tandis qu'il cherche une rime en "Ouille", sa monture, Antilogos, vadrouille à loisir, satisfaisant son appétit dévorant sur les pauvres hères qui croisent son chemin.

5) Chose atypique à Goferfinker, il n'avait pas plu depuis une poignée de jours. Les élémentaires étaient-ils en froid ? Leurs retrouvailles furent violentes et passionnées, trois jours de pluie intense, de vent à décorner les brêmes et de tonnerre orgasmique... Maintenant que les deux amants terribles se reposent, deux jours de grand beau temps réchauffent les combes jusqu'à l'os. Les vieux gouffres et les ravines les plus ridées vibrent sous le soleil, tandis que le pays entier connaît une éruption mycologique de toutes les tailles et de toutes les espèces. Tout Goferfinker est de sortie et le monde semble envahi par les ramasseurs de champignons. Impossible de faire un pas sans en rencontrer une grappe, des pauvres hères perdus d'avoir trop crapahuté à ceux qui se boxent pour quelques champiments. Embouteillages aux ponts, inconscients qui dérangent un champ de milgriff incendiaire, tant que durera la cueillette, nos voyageurs n'auront pas de répit.

6) Les amours tumultueuses des deux élémentaires Flshshsh et de Glglgl plongent parfois la contrée dans un remake quotidien du déluge. Les orages sont violents et les abris sont rares. Autant dire que le voyageur est heureux de découvrir, accroché à la falaise, ce vieux monastère à demi en ruine, et dédié à un certain St Jean des Gouffres. Les champignons sauvages ont depuis longtemps envahis les jardinières de pierre, et le temps a creusé des plaies dans les toitures de ce vieil ermitage, pourtant, l'on peut y trouver un coin au sec et des briquettes de tourbe à bruler.  Un de mes amis qui y a dormi raconte s'être réveillé en sueur, encore tremblant d'un mauvais rêve, un cauchemar presque tangible. Il y aurait vu des prêtres, en chasubles et par dizaine, se jeter dans le vide, sourire aux lèvres, tandis qu'ils enjambaient le parapet, juste à la sortie de la chapelle...

 

7) Sezarin Karamule est un colporteur comme les autres. Il a une cape de pluie d'un beau jaune ciré, et porte sur son dos une sorte de coffre, avec un pied central, sur lequel il s'appuie parfois et qui contient plus de vingt kilos de vaisselle et de coutellerie diverses, marchandise qu'il espère vendre aux graveleux pour le double voire le triple du prix pratiqué sur le plateau fragmenté des îlots-terre. Il n'est pas spécialement beau, et les chopines de Shtoob artisanales que les villageois lui offrent "pour la route" ont fini par laisser une trace sur son physique. Non, ce qu'il y a avec Serazin, c'est qu'il tombe mal, sautillant de marche en marche, guilleret et aimable, sifflotant lors de son ascension des sentiers à pic, tandis que derrière lui les PJs ahanent, s'épuisent et accumulent les crampes... A le voir accumuler les mètres interminables de dénivelé comme si de rien n'était on pourrait le croire croisé avec une brême des montagnes... Et c'est férocement énervant.

8) L'avantage avec les uniformes oranges rehaussés de grenat, c'est qu'on les voit de loin. Et pour cause : 500 soldats en goguette, perdus au beau milieu de nulle part, et tout ça parce que le prince Jean le Couard est aussi pingre qu'il est lâche et qu'il n'a pas voulu payer les taxes pour suivre les grands axes à travers la contrée. Au final, les voilà en déroute, sous la pluie, sans le sou et sans ravitaillement, à chercher un hypothétique Raidillon du Pissefroid et un pont pour rallier enfin la civilisation.

9) C'est un vieux pont des niveaux intermédiaires. Un pont de pierre un peu perdu entre deux rognerons, sans âmes et sans intérêt. Un de ces ponts à péages dont le gardien vieillissant gît inanimé en travers de la chaussée. Le pauvre homme a dérapé sur la pierre mouillée et il s'est méchamment ouvert le crâne. Si on le ramène dans sa triste guérite, cette pauvre cabane accrochée à la margelle, on peut découvrir toutes les petites misères d'une vie sans éclat : la tirelire d'acier où il range l'argent des péages, le hamac humide où il somnole, des lettres de menaces, un portrait aux couleurs délavées dont les traits sont devenus illisibles et une pile de livres gondolés, dans la marge desquels le vieil homme a fait quelques croquis d'une fauvette troglodyte qui parfois lui rend visite... (Les lettres de menaces sont le lot de tous les employés des péages, amoureux de deux villages éloignés, graveleux voyageurs et fatigués de payer...)

10) Les brêmes sont presque les animaux totémiques des combes. Toujours accrochées à un relief, capables de brouter le moindre lichen, la moindre écorce, elles hantent les escarpements délavés de Goferfinker, sans que jamais on ne sache vraiment à qui elles appartiennent. Pourtant celle là n'est pas comme les autres. On la devine plus qu'on ne la voit, son fumet vous agresse et parfois sa silhouette se creuse au détour d'une écharpe de brume. La bête doit être croisée avec autre chose, un demi taureau ou une de ces horreurs que recèlent les profondeurs des gorges. Elle peut vous suivre des jours entiers, sans que jamais vous ne soyez capable de la situer exactement, parfois elle vous devance et vous marchez dans ses crottes innombrables et géantes, d'autre fois son braiment vous suit comme un écho à travers les gorges, et un matin vous vous réveillez alors qu'elle a dévoré vos provisions.

11) Alors que le froid et l'humidité remontent des Combes, les personnages arrivent en vue du monastère des Bébénectains, ordre qui accueille et protège les femmes battues pour peu qu'elles acceptent une simple requête : devenir des femmes laitières. Le Père prieur fait traverser les salles emplies de femmes enceintes, engrossées par les hommes venus ici en pèlerinage pour se faire pardonner de leurs péchés. Une fois le bébé né, les mères donneront leur lait, dont les moines vont faire un fromage réputé au-delà même des frontières de Goferfinker et que les personnages vont pouvoir goûter au repas, en fines tranches sur des tartines grillées. Le fromage existe dans plusieurs versions plus ou moins affinées, avec un caractère plus ou moins affirmé . Et les bébés se demanderont peut-être certains de vos joueurs ? Et bien, en prêtant attention, ils verront bien de jeunes moines Bébénectains portant robes et tonsures  tandis que des jeunes filles à peine pubères exhibent fièrement leur ventre rebondi...

 

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