Une vieille cité fortifiée en sel gemme, au bord de la petite mer interieure d'Arris-Habiba. Des remparts à demi peuplés d’oiseaux, comme autant de fantômes des habitants de jadis. Les goélands y sont une armée, guettant la mer, perchés sur les remparts. L’hiver, les étourneaux qu’on appelle zerzour, forment un immense serpent volant, qui se contorsionne, comme une calligraphie d’un millier d’ailes, écrite sur le ciel…

La plage est un cimetière de coquillage blanchis par le temps. Jadis ce port était riche, on y produisait la pourpre, si précieuse aux teinturiers. On arrachait les murex de leurs fonds rocheux, à trente mètres de profondeur, pour exposer une de leur glande au soleil, une petite partie du mollusque, à peine plus grande que le bout du doigt. Elle devenait d’abord verdâtre, puis bleutée, violette et enfin pourpre. De nos jours, les murex se sont retirés dans des profondeurs insondables, ne laissant que leurs squelettes épineux sur les cotes, strates de coquilles oblongues, mêlées aux vestiges d’époques anciennes, monnaies anciennes, tessons de poterie sigillée et fragments d’amphores.

Seuls demeurent quelques rares pécheurs, une poignée de semis nomades, et le gens du comptoir. Griin Houfti en est le gérant, tout en pli et repli, il ne quitte son comptoir et ses livres de compte que pour de rares promenades, sur les anciens chemins de ronde, pestant contre son age, son poids et le temps quelqu’il soit. Chaque soir, il dévore deux fois autant que Bootmad « le terrible » un vieux mercenaire plus couturé qu’une broderie brétonne, et huit fois plus que Bib, le garçon de course, jeune homme corvéable à souhait, qui serait le fruit d’un de ces amours de jeunesse…

Trois fois par an, viennent les dragons, chargés de balles de cotonnades, de sacs de sucre et de semoule, de thé, de riz, et d’épices, de bougie, de fer, et de peaux du buffles, d’acier,de fer-blanc, de bière, de confiserie, et de faïences. Ils repartent enharnachés d’amandes, de gommes, d’huiles rares, de laine, de cuirs de bœufs, de graines en sacs, emballées dans des peaux de chèvres et de moutons.

Amagdul est aussi un lieu de pelerinage pour les tribus Idrissides et leurs burnous oranges. C’est dans une caverne au bord de la mer d’Arris Habiba que ces nomades au sang mélés viennent faire leur première coupe de cheveux à leurs enfants, à leur passage à l’age adulte. Les murs de la grotte sont tout décorés de tresses, et de peintures rupestres.

Quand vient le moment, les tribus campent au pied des murailles du fort, et la population passe d’une quarantaine d’individus à plusieurs centaines.

 

 

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